samedi 3 octobre 2020

Un si petit voyage... 2

Le bleu et l'orage

 

Y a-t-il un endroit plus profond, plus caché et plus inaccessible que celui qui s’est ouvert à moi ce jour-là ?

Le cœur d’une mer glacée, aux vagues endormies, invisible à mes propres yeux.

Sous une vague lisse qui respire comme un sein posé sur la main, un nid d’algues et de poissons lune enlacés.

Contrainte est l’eau verte ! L’air appuie sur les êtres comme une vitre sur un dessin. La vie devient statue, alors je file, à la lisière du matin, remuer, à pas nus, l’eau de ma présence.

C’est déjà beaucoup, de faire cela.

Mais, et le temps ?

Entourée de murs orange, j’additionne des minutes et des secondes à l’intérieur d’elles-mêmes. C’est comme remplir une trotteuse de sable : pelletée après pelletée, il glisse avec un souffle au fond du gouffre noir.

Et, on ne sait pas, jusqu’où il va.

En surface l’aiguille trotte, son mouvement inchangé. Elle tourne-tourne.

 

Je suis partie pour le bleu, j’ai trouvé l’orage. Ses nappes de lumière violacée, l’eau qui me noie tandis que je la regarde fièrement, de l’air de celle qui ne peut pas avoir peur.

C’est un espace si petit, une tête d'épingle dans une masse d’eau mortelle, une infâme dentelle de mucus fourmillant et malodorant.

Et dedans ? Il y a un rêve, Madame ! Mieux, que ça : la vie !

Alors, ce petit point, cet espace, je le trempe tous les jours dans la lumière la plus douce et la plus délicate, je l’éveille en musique, je lui fais faire deux pas de danse, presque sans toucher terre.

La pluie tombe sans bruit, aucune feuille ne frissonne sous le poids des gouttes. Elle est une vapeur fraîche qui sent l’eucalyptus, dans le bleu tendre du matin. Pour la première fois, la vie est en moi, la vie est à moi.

 

vendredi 2 octobre 2020

Un si petit voyage... 1

Eau verte

Y a-t-il un endroit plus profond, plus caché et plus inaccessible que celui qui s’est ouvert à moi ce jour-là ? Le cœur d’une mer glacée, aux vagues engourdies, invisible à mes propres yeux. Et sous une vague ronde qui respire comme un sein posé sur la main, un nid d’algues et de poissons-lune enlacés. Contrainte est l’eau verte ! L’air appuie sur les surfaces comme une vitre sur un dessin ; la nature devient statue. Alors je file seule, à la lisière du matin, remuer à pas nus l’eau de ma présence.
 

C’est déjà beaucoup, de dire cela, mais le temps ?
Avez-vous déjà additionné des minutes et des secondes à l’intérieur d’elles-mêmes ?
Remplissez donc une trotteuse de sable ; pelletée après pelletée, il tombera dans le noir et l’on ne saura pas, jusqu’où il va. L’aiguille, elle, rien ne l’arrête. Elle tourne, tourne, tourne.